Festival Errobiko: les 17, 18 et 19 Juillet 2008Category: Festivals du Sud Ouest | |
13 06 2008 |
Pour sa 13 ème édition, le Festival Errobiko dédié aux musiques du monde prévoit encore de nombreuses découvertes musicales et de nombreux moments de partage et de rencontres.
Situé en plein coeur des terres basques, dans le village d’Itxassou, le festival a su garder son identité au fil des années et reste un évènement assez atypique parmi les nombreux festivals de la Région.
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Bénévole au sein de ce festival, j’ai pu apprécier les bons moments offerts au cours de ces trois jours.
Pour vous le présenter le mieux possible, je vous propose de lire cet entretien que j’ai eu avec Benat et Maïté Achiarry, organisateurs du festival…
- Alors, tout d’abord, comment définiriez- vous votre festival aujourd’hui? Â
- Oui alors, cette année c’est la 11ème année du festival, l’an dernier c’était la 10ème… et on a décidé de commencer ces 11 ans en faisant un cycle de 3ans sur la transmission. Une année 2006 qui sera très très riche et qui verra confluer à Itxassou des artistes vraiment de très très grands talents. Desfois quand on parle, je dis: « nous voilà devant un autre cycle de dix ans ». Dans ces dix ans, nous autres, on devra accomplir des Å“uvres maîtresses; mais il y a aussi les plus jeunes qui sont déjà là … qui ont 18 ans aujourd’hui et qui j’espère se seront aussi nourris de toutes les bénéfices que leur procure ce festival et toutes les actions et celles qui les suivent en terme de connaissances humaines, artistiques, d’audace et de tranquillité de créer. Oui je pense à ces futurs dix ans comme un mouvement, et comme un mouvement désintéressé dans lequel chacun peut se réaliser mais sait aussi donner la chance aux autres, sait développer une espèce de fraternité tournante ( qu’on appelle parfois entre nous « l’esprit kaïolar ») ou au centre il y a des idéaux de création et de partage… toutes ces énergies qui sont en mouvement et peuvent prendre corps et générer beaucoup de fruits parfois. Je suis ravi de la période qui démarre, et qui verra je souhaite, se mélanger, fructifier et se vendanger toutes ces énergies qui viennent autant du petit bayonne que du continent qui le traverse, des continents qui vont venir en terre d’Itxassou pour nous rencontrer. Alors… Daniel Waro qui nous vient de la Réunion, une autre artiste de l’Ile du Cap Vert avec des héritages du colonialisme dépassé par la création artistique… Daniel Waro écrit, c’est un très grand écrivain, et chante la langue créole; de même que Lura qui est venue très petite dans les faubourgs populaires de Lisbonne fait un retour amont vers ces îles et vers le créole aussi des ces îles. Les gens qui viennent des îles en ce moment- ci sont porteurs de nouveauté: je pense à Edouard Glissant, Raphaël Confian… tous ceux-là ce sont des alliés précieux dans cette quête. Bien sûr, ce ne sont pas les seuls, mais il y aura aussi Serge Pey, qui écrit sur des bâtons, qui est un ami du Pays Basque depuis longtemps, qui en sent les nervures profondes. Il y a aussi Bernard Lubat, fondateur lui aussi d’un très grand festival enraciné là - bas dans la forêt landaise. Il y a aussi tous les plus jeunes, ceux qui vont jouer le thème de Mingus et de Non Cherry avec les plus âgés comme Geoffroy Tamisé, Jean- Michel Achiarry qui est un batteur aussi très intéressant de cette scène émergente. Puis, les plus jeunes, ceux de « Ian Inga », les racines basques aussi à travers Etchecopar, Danyela Maïtia à travers ces Å“uvres et l’intuition qu’elle a eu du passage des portes avec une danseuse. Oui, je suis confiant dans ces cycles du temps et à ces belles rencontre: il y a aussi le lieu de la lecture, une lecture féconde et fécondante… écrire, c’est énorme aussi! Écrire des lignes, écrire des signe dans les matières grâce à l’ordinateur, prolonger la vibration d’un instant dans le temps un peu éternel aussi de l’écriture. Tout ça ce sont des choses passionnantes, et c’est vrai qu’il faut marcher, méditer, lire pour réaliser des actions… le rêve en action ou le pays qui nous porte la puissance active du rêve! Ça semble être de grands mots, ce sont des mots… mais j’aime ces mots, parce qu’ils nous poussent à agir. J’aime l’action, mais j’aime aussi la culture, j’aime l’ouverture, j’aime l’intelligence en action et l’intelligence avec la fraternité et la clairvoyance. Voilà un petit peu, moi ,ce que j’attends en tant que musicien basque… j’attends avec nous tous qui le faisons, bien sûr, mais j’ attends tout ça d’Errobiko, de le vivre, pour avoir le courage de vivre après.Â
- Très bien, oui… Je sais que chaque festival a un peu son histoire propre et sa raison d’être… alors pour vous, qu’est-ce qui vous a réellement amené à créer ce festival? Ce sont des motivations personnelles? … ou d’autres peut être…Â
- D’ abord et essentiellement, c’est l’esprit, les choix que nous avons fait au départ! Qu’est-ce que c’est que être président, c’est d’abord avoir imaginé le festival… faire un festival pas seulement de diffusion culturelle, même d’œuvres qui soient très bonnes et qui soient très belles et qu’on aime beaucoup. Notre volonté et notre désir, c’était de créer un espace pour donner la possibilité aux artistes de produire, de se produire, de se rencontrer et de créer des choses dans un esprit qui soit totalement libre! Combien d’artistes se heurtent, ici comme ailleurs, au conformisme ambiant, qu’ils soient basques ou pas basques. Avant de créer l’association « Eskandraï », c’est vrai qu’avec Benat on a arpenté les lieux dans la nature, parce que notre idée c’était d’abord de faire un festival proche de la nature, qui ne soit pas ce qu’on voit habituellement, hein, avec le show- bizz, avec tout ça… et on avait envie de retrouver quelque chose qui soit proche de ce qu’on avait connu enfant en Pays Basque… retrouver ça! La montagne, les rivières, ça comptait pour nous. On a cherché des lieux longtemps… on imaginait que toutes les rencontres que Benat faisait ailleurs, avec d’autres musiciens puisse avoir un prolongement ici. C’était quand même dommage de laisser tout ça sans que ça ait des retombées sur le Pays Basque. Donc, on a imaginé avec des amis, avec Jean- François Larralde, avec aussi d’autres jeunes musiciens, qu’on pourrait faire ça ici. Alors, ou? Des endroits que l’on aime, qui nous parlent, un endroit assez près de la côte aussi peut- être, là ou il y a plus de monde, la découverte… goûter au silence, au paysage! Tout ce qui fait partie de nous quoi, quand on se rend compte que beaucoup de gens ne nous connaissent pas… et on avait envie de leur faire connaître et de leur faire apprendre. Pour aller à Itxassou il faut vouloir y aller! On peut très bien aller de Cambo à Saint- Jean- Pied- de- Port sans jamais s’arrêter à Itxassou, sans jamais y rentrer. Quand on rentre dans la vallée de la Nive, c’est le premier endroit d’un fracture dans le paysage. Quand on arrive à Itxassou, il y a le Pas de Roland, le Mandarin, l’ Artxamendi… bon c’est le passage vers la montage quoi! Et là on sent déjà autre chose. C’est ça qui nous a fait choisir le lieu d’Itxassou. Je dis je veux qu’il y ait, et je pense qu’il faut qu’il y ait des femmes et des artistes femmes dans le festival. Alors, on peut nous répondre qu’il y a beaucoup d’artistes femmes… mais quand on monte un festival, on se rend compte que finalement les artistes qui se proposent et qui viennent spontanément dans le festival, c’est quand même plutôt des artistes hommes… et que le choix volontariste d ’artistes femmes, ben nous, on le fait! Et petit à petit, on est arrivé à définir aussi une journée femme… ce qui est pas très bien on va dire, il vaut mieux qu’il y en ait partout et tout le temps. Â
-L’histoire est cette dimension cosmique et élémentaire qui est peuplée de présences. Quand il a été question de m’engager plus pleinement dans l’organisation d’un moment du festival, j’y ai de suite vu l’occasion d’exprimer la conception de ce qu’est la poésie, moment vécu, délibérément aménagé et avec une conception du langage qui implique évidemment la musique, le chant, la pensée, le dialogue, mais aussi cette respiration latente qui nous entoure. Ces silences, ces gestes, ces passages, aussi bien des pollens que des personnes. Moi, ce qui m’a séduit les premières fois ou j’étais dans le festival Errobiko Festibala, c’est cet espace qui est créé avec la nature bien sûr, le paysage; et cette dimension sensible, voire cosmique et à la fois élémentaire, qui est peuplée de présences. L’ idée c’est aussi de concevoir les après- midi comme une sorte de tableau. L’Œuvre, c’est le moment vécu; donc on aménage les enchaînements d’une prestation musicale à une autre… Chacun des artistes ou des musiciens sait qu’il fait parti d’une ensemble. C’est pas juste une juxtaposition de produits finis ou de prestations encloses sur elles-mêmes. L’idée c’est qu’ effectivement, qui 20 minutes? Qui 30 minutes? Sait qu’il construit un chemin ou participe à la construction d’une unité complexe qui est le moment vécu ensemble, le moment vécu de concert. Là je réagis un peu comme un DJ dans cet art là d’articuler, de sélectionner, d’avancer dans le temps en faisant fusionner la musique à l’ambiance, et à la réception qu’en ont les spectateurs… continuer à aller dans le sens de cet espace d’ Atari qui a été inauguré il y a quelques années à l’intérieur d’Errobiko Festibala par Benat Amorena, et puis en affirmant aussi la conscience au monde et la couleur « monde », nous donner aussi une chance de nous rencontrer en jouant à fond la carte de la confiance, que chacun est l’impression de faire corps avec le monde. La nature est un temple d’où de grands piliers laissent parfois sortir de confuses paroles, j’espère qu’on réussira à créer des moments ou ce qui est dit, ce qui est suggéré, ce qui est transmis apparaît clair et lumineux.Â
- Et pour ce qui est de la communication de votre festival, quels sont vos principaux outils? Comment fonctionnez-vous? Â
- Oui, alors, nous avons quelques personnes qui s’occupent de tout ça. Nous avons notre attaché de presse dont le rôle est de mettre en relation les journalistes, les animateurs radio, les réalisateurs télévisuels avec les artistes. C’est un travail qui suppose en amont d’avoir dégagé ce qui semble être l’essence du festival, ses particularités propres à l’année, à l’édition en cours. Le thème de la transmission montre qu’il y a une suite et qu’on progresse sur un thème particulier. Mettre en valeur la nouveauté, c’est de développer par exemple « le BÅ“uf dans le près » qui propose une programmation continue: on peut venir dès 10h du matin et rester jusqu’à la nuit tombée. L’autre nouveauté, c’est l’installation de la yourte et d’un pôle autour des livres et des écritures. On a un festival à la fois plein mais qui aussi prévoit des temps de respiration, avec des idées qui ont été initiées à un moment donné et qu’elles se renforcent d’année en année. Ce que l’on sent, et c’est ça l’intérêt c’est le lien entre l’esprit de départ et l’évolution au fil des années… que de nouvelles personnes, de nouvelles énergies puissent venir s’associer, et bien ça ouvre aussi des points de vue… c’est bien un festival ou on prend le temps vivre! C’est vrai que son site est magique et que du coup on est coupé du monde: quelque un qui vient d’un monde urbain, dans le stress va pouvoir profiter d’être dans une autre atmosphère, dans un autre monde, ou on aura la chance de voir des créateurs, des artistes basques ou qui vivent en Pays Basque tout autant que les rencontres possibles entre les publics et les artistes…C’est rare, on n’ a jamais la possibilité de manger à la table d’un artiste ou de les rencontrer. Â
- Oui, bien sûr. C’est une occasion assez unique qui est exceptionnelle dans votre festival… mais en ce qui concerne la communication, j’ai également vu que vous aviez un site internet. Comment l’avez-vous conçu?Â
- Oui, nous avons un site réussi… Quand on regarde les sites en général des festivals, on est face à des sites très formatés et très institutionnels. Le site d’Errobiko a été créé pas dans cette optique- là , même si j’ai voulu qu’il soit lisible et utile à la communication, j’ai aussi voulu que les gens s’imprègnent du festival… je crois que même quelque un qui ne connaît pas vous pouvoir sentir ce rapport à la terre, à la roche, à la voix: quand le site est paru l’année dernière,beaucoup de gens ont dit, ce site transpire Errobiko Festibala!… on y est, voilà ! C’est à la fois une Å“uvre artistique et un outil de communication! Il y a les deux… c’est-à -dire, il y a un côté pratique: il suffit de taper le nom dans Google et le site est là , on sait comment on vient, les tarifs, les horaires, les artistes ,qui a joué, à quelle heure, qui fait quoi … et après moi, j’amène ma ptite patte justement entre son et image, un peu le principe du mix quoi ou on prend deux disques et on en fait un, on en crée un troisième. Ben là , c’était un petit peu pareil, j’ai pris un peu de communication, un peu d’art et j’ai fait mon propre tableau quoi… un tableau sur le net quoi!Â
- Très bien, d’accord. Enfin j’aurai une dernière question à vous poser… Quelle vision de la culture pensez-vous proposer à travers votre festival? Quelle conception pensez-vous faire partager? Â
- C’est justement l’ouverture à tous les arts déjà . En fait qu’il y ait du chant, de la danse, de la poésie, de l’improvisation, du parlé enfin… pour moi tout est lié. On peut chanter, danser, parler, on peut scander, on peut slammer même. Il est intéressant aussi d’ouvrir le festival à d’autres visions pour les personnes qui viennent. L’orient … et puis là aussi on va ouvrir sur le créole. Bon, on découvre, ça suscite, ça réveille quelque chose chez nous… même si on est mal à l’aise… que là on se dit: ah oui là , oufff… là , ça m’a fait quelque chose à l’intérieur! Je dirais que malgré toutes les cultures qui sont là , toutes les différences… en même temps, moi ce qui m’intéresse c’est ce qu’amène chaque personne,et en même temps c’est pas grave la culture, c’est pas grave les races, c’est pas grave… chacun… je crois que chacun a une part unique dans son vécu, et travers ça, à travers les arts chacun dégage un vécu. Alors, de manière apaisée ou de manière ou elle va réveiller quelque chose,mais ça va réveiller quelque chose en nous et ça va faire, pardon… résonance, si en face l’artiste sait faire partager ses émotions, son vécu, parce- que ça aussi c’est pas donné à tout le monde, hein, je crois.Â
- Oui, d’accord… votre vision de la culture qui est présente dans le festival est donc beaucoup basée sur le vécu si j’ai bien compris ce que vous venez de me dire… que c’est avant tout cette rencontre de tous ces gens avec des vies et des cultures différentes qui est si importante dans le festival que vous organisez.Â
- Tout à fait, oui. Nous comptons beaucoup sur cet aspect dans notre festival et nous voulons le préserver à tout prix.Â